Un détour qui devient un départ
Quatre ans après, je reprends ces notes.
À l’origine, elles n’étaient pas destinées à un large public.
Je les avais écrites pour moi, pour un petit blog personnel, comme une manière de fixer mes impressions, mes doutes et mes émerveillements.
Aujourd’hui, elles prennent une autre dimension.
Car ce qui n’était au départ qu’un détour, presque un accident de parcours, s’est révélé être le point de départ d’une aventure digitale qui allait transformer ma vie.
Un détour vers Agadir
Je n’avais pas choisi le Maroc.
Si ma mère n’y vivait pas depuis quelques années, je ne serais sans doute jamais venu.
Je voulais rester en Amérique centrale, là où je me sentais chez moi.
Le Costa Rica, le Belize… ces lieux m’avaient donné une liberté rare, une intensité de vie que je croyais introuvable ailleurs.
L’idée de quitter ces rivages tropicaux pour m’installer à Agadir ne m’enthousiasmait pas.
Et pourtant, en 2017, je pose mes valises ici.
Je découvre une ville différente de toutes celles que j’ai connues : son immense baie, sa lumière sèche, son énergie discrète mais présente.
Je retrouve la personne la plus importante à mon cœur, mais je reste en retrait.
Je suis là, sans conviction.
Agadir n’est pas un choix, c’est un détour.
Et pourtant, me voilà.
Premières impressions
Les valises pleines d’habits légers, d’objets électroniques que je traîne depuis des années, et cette drôle de sensation d’arriver dans un lieu que je n’ai pas choisi.
À peine sorti de l’aéroport, je sens la chaleur sèche, différente de l’humidité tropicale que j’ai quittée.
Le ciel est clair, la lumière presque blanche.
Agadir ne crie pas son histoire comme d’autres villes méditerranéennes.
Elle se dévoile doucement, avec sa baie immense, ses bâtiments blancs, ses palmiers, et cette impression d’horizon ouvert.
Je marche le long de la corniche.
L’Atlantique se déploie devant moi, large, puissant, moins sauvage que certaines plages perdues du Costa Rica mais plus direct, plus brut.
Le Maroc, pour l’instant, c’est une énigme.
Un nouvel équilibre
Je retrouve la personne la plus importante pour moi, je redécouvre des habitudes qu’on croit oubliées quand on a longtemps vécu ailleurs : partager un repas, entendre des expressions familières, sentir une proximité presque rassurante.
Et malgré tout, je reste en retrait.
Je ne suis pas encore là par choix.
Les premiers jours, je me contente d’observer.
Je découvre la ville, ses souks pleins d’odeurs d’épices et de grillades, ses taxis rouges qui foncent dans tous les sens, ses cafés où l’on passe des heures à regarder la rue défiler.
Je regarde les gens, je sens leurs regards, et je commence à comprendre : ici, tout se vit différemment.
On prend le temps.
On discute.
On s’arrête.
Là où, ailleurs, j’étais toujours happé par la vitesse, ici je dois apprendre à ralentir.
Le code comme refuge
Je sors aussi mon ordinateur.
Par habitude, presque par réflexe.
Je suis développeur, le code m’accompagne partout.
C++ est mon territoire familier, mon refuge.
Je ne cherche pas vraiment un projet, mais j’explore.
Je me demande si je pourrais lancer un SaaS, inventer un outil en ligne.
Rien ne me convainc vraiment.
C’est comme si une partie de moi résistait encore, comme si je ne voulais pas mêler cette nouvelle vie à mon passé professionnel.
Des rencontres décisives
Et puis, il y a les soirées.
Les balades au bord de la mer.
Les rencontres.
Petit à petit, je croise des jeunes, des étudiants, des passionnés.
On parle de tout, souvent de technologie.
Ils me racontent leurs rêves, leurs idées, leurs frustrations aussi.
Beaucoup veulent créer, mais manquent de moyens, de cadre, de mentors.
Leur énergie est brute, presque électrique.
Je sens quelque chose.
Ce n’est pas encore une décision, ni même une conviction.
Mais une graine s’installe.
Et si le Maroc n’était pas seulement ce détour familial ?
Et si ce pays, que je ne voulais même pas choisir, pouvait devenir l’endroit où tout recommence ?
Une graine plantée
Je continue à réfléchir, à coder un peu, à observer beaucoup.
Les jours passent, entre lumière aveuglante, discussions nocturnes, et ce sentiment étrange d’être à la fois ailleurs et au bon endroit.
L’aventure, peut-être, commence ici.